mardi 30 mars 2010

Voyage dans le marais parut dans "Les dimanches de La femmes" du 14/06/1931

Dimanche de la femme (revue de 1931)


Le Marais Poitevin

Que diriez-vous de visiter une région relativement peu connue, où l’on peut utiliser à son gré le chemin de fer, l’autobus, l’auto, la bicyclette et le canot comme moyen de transport ? Une région couverte de forêts et de prairies. Un pays riche, accueillant, bien cultivé, où l’on voit cependant des habitations d’un pittoresque achevé, et dont les habitants ont su adapter les coutumes et les moyens de transports les plus anciens avec les perfectionnements les plus modernes. Un pays enfin où vous avez l’impression de parcourir à la fois la Hollande et la Touraine, et où vous retrouverez des vestiges de notre histoire. Par une chance inouïe cette région a jusqu’ici échappé à l’envahissement de la foule, des badauds, et n’est encore connue que des vrais touristes de ceux qui voyagent pour voir et admirer.

La région la plus intéressante du marais poitevin se trouve entre Niort et Fontenay le Comte. Suivant l’endroit d’où l’on vient, on prendra comme point de départ l’une ou l’autre de ces villes. Dans chacune, on trouvera des autobus desservant les centres moins importants. Seuls les canoéistes ont intérêt à partir de Niort. Ces villes ne sont qu’à 415 kilomètres de Paris et d’un accès très facile pour tout le centre de la France.

Celles d’entre vous qui possèdent un canot démontable le transporteront à pied d’œuvre sans peine. Les autres trouveront soit à Niort, soit dans les centres de villégiatures des bateaux à louer. Si vous voulez bien songer que le marais poitevin couvre 200 kilomètres carrés que le plus important canal a plus de 25 kilomètres de long et que certaines parties du marais ne sont accessibles que par eau, vous trouverez avec bien d’autres, que cette région est le paradis du canoë. Vous pouvez passer des jours entiers à explorer les canaux allant par des vallées d’eau, voutées de verdure, d’un village à l’autre, dans un décor toujours nouveau.

Préférez-vous le repos complet ? Tout en utilisant toujours ces beaux chemins d’eau, il vous sera très facile de louer un des bateaux du pays. Les habitants ont deux sortes de bateaux : la niolle, dont l’extrémité avant est effilée, et la platte, dont les deux bouts sont carrés. La platte est le camion du pays, elle transporte les récoltes depuis les champs jusqu’à la maison, fait passer le bétail d’une prairie à l’autre. La niolle, embarcation plus rapide est utilisée pour les personnes. Un « maraîchin » vigoureux et bronzé de soleil vous conduira dans sa barque. Suivant la profondeur de l’eau ou la largeur du canal, il emploiera la pagaie ou la « pelle » ou bien une longue et solide perche « la pigouille ».

Lorsqu’une barque est conduite par deux hommes, l‘un placé au centre du bateau emploie la pigouille, l’autre, à l’arrière, manie la pelle et aide à la diriger. Vous apprendrez avec plaisir que les femmes sont aussi adroites que les hommes à manier pelle et pigouille, et qu’entraînées depuis l’enfance à ce sport plutôt athlétique, elles s’y montrent, tout comme les représentants du sexe réputé fort, d’une surprenante habilité. Voyageant ainsi conduite en niolle, vous parcourrez le pays avec d’autant moins de peine que les maraîchins ont une connaissance approfondie de tout son réseau de canaux, les conches, qui forment un labyrinthe extrêmement compliqué, où seul il est agréable et facile de se perdre, mais souvent malaisé de se retrouver pour en sortir à l’heure qu’on désire.

Cette région du Marais poitevin a encore d’autres avantages. C’est un des pas les plus silencieux est les plus reposants que je connaisse. Toutes celles qui, durant l’année doivent fournir dans la trépidante agitation de la grande ville un travail épuisant y passeront des vacances délicieuses. Le prix de la vie n’a rien d’excessif, et on peut pratiquer le camping dans beaucoup d’endroits. Les ferventes de llll’existence en pein air trouveront sans peine un bon terrain sec où plante leur tente, à proximité d’une habitation qui leur fournira lait, beurre, légumes, et les poissons abondent dans les canaux.

Les villages sont situés surtout à la périphérie du marais. Ils sont reliés par des services d’autobus. On pourra aller de Niort à Fontenay le Comte par Magné, Coulon, Le Vanneau, Irleau et Arçais, où se trouve le service d’Arçays à Fontenay par Damvix et Maillezais. Ces villages sont de bons centres e séjour, et bien placés pour explorer le marais.

A Maillezais, il ne faut pas manquer de visiter les ruines de la si ancienne abbaye que fonda au X° siècle Guillaume d’Aquitaine, qui fut agrandie et complétée dans les siècles suivants, et dont restent les vestiges grandioses. Certains écrivains prétendent que Rabelais au cours de sa vie de moine codelier, aurait écrit à Maillezais Gargantua et Pantagruel ; ou vous montrera même sa cellule dans la partie conservée. Bien qu’à cette époque la région fut moins riche qu’actuellement cet auteur génial avait sans doute prévu les ressources gastronomiques d’un pays où l’on trouve à profusion tant de bonnes choses, propres à être utilisées comme « harnois de gueule », et il s’en est peut être inspiré pour décrire les somptueux repas de ses héros.

Jalek


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